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Légende 5000 Francs Flameng type 1918
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Claude Fayette, le 27/10/2004

Ce billet est unique dans toute l'histoire de la fabrication des billets de la Banque de France. Unique dans sa conception et sa réalisation puisqu'il est le premier billet à être imprimé en polychromie, unique par son histoire mouvementée et par l'engouement qu'il suscite aujourd'hui . N'ayons pas peur des mots, il s'agit véritablement du plus beau billet jamais émis par la Banque de France.

Et pourtant ce billet a bien failli ne jamais sortir des réserves de cette grande institution. Mais avant de rentrer dans l'intimité de son existence, attardons nous un peu sur ses magnifiques illustrations.


Recto du 5000 Francs Flameng type 1918

Le recto du billet nous présente sur la gauche un couple allégorique personnifiant l'alliance du travail et des sciences. A leurs côtés on peut y lire les initiales BF sur un fond d'usines en activité. Sur la droite devant un soc et une charrue, un amour ailé tient une balance de sa main droite et de l'autre un grand blason ouvragé sur lequel est gravée la devise de la Banque de France: la sagesse fixe la fortune . Ces divers éléments reposent sur un immense bas-relief sur lequel apparaissent finement sculptées des représentations des sciences, des arts, de l'industrie, de l'agriculture et du commerce. Le tout est encadré d'une frise ornée de fruits colorés et d'attributs reprenant la thématique générale. A l'extérieur de ce cadre, de part et d'autre dans la partie supérieure, deux petits génies enchevêtrés dans des rubans semblent tenir la vignette en suspension.


Verso du 5000 Francs Flameng type 1918

Un immense tableau occupe tout le verso dans lequel on distingue sur la gauche une allégorie du "travail qui fixe la fortune". Un ouvrier tient à deux bras une jeune femme à moitié dévêtue, un pied sur la roue de la fortune qu'elle symbolise. Plus loin, un globe terrestre, un parchemin, un livre ouvert à même le sol. Derrière ces éléments un personnage représentant les sciences aux côtés d'un paysan appuyé sur une grande faux. A l'arrière- plan un jeune enfant est assis sur le rebord d'une vaste baie soutenue par deux immenses colonnes ouvragées, laissant apercevoir une vue panoramique de l'ile de la cité à Paris. Comme sur le recto, deux petits génies semblent maintenir la vignette avec des rubans tombant en cascade sur les valeurs 5000.

Il est évident que la thématique de ce billet est très puissante car elle associe toutes les ressources économiques de notre pays au monde des lettres des arts et des sciences avec en plus un tableau superbe d'un quartier de Paris dans lequel s'est déroulée une grande partie de notre histoire. Le tout est exprimé très délicatement dans un mélange de symbolisme et de réalisme ce qui rend le message encore plus fort et surtout très agréable à contempler.

Ce billet dont les qualités techniques et esthétiques sont remarquables à plus d'un titre est le fruit d'une longue élaboration. Au cours de l'année 1891 Monsieur Dupont ingénieur de la fabrication expose lors d'une séance du comité des billets les possibilités d'utiliser différents procédés nouveaux afin d'imprimer en polychromie des tissus et des papiers. Dans le même temps le peintre François Flameng soumet ses premières études pour un nouveau billet de 1000 Francs. Tout semble réuni pour créer une toute nouvelle vignette en utilisant des techniques innovantes qui intensifieraient la lutte contre la contrefaçon. Il convient de rappeler ici que les billets jusqu'alors n'étaient imprimés qu'en deux couleurs et il est évident que l'impression en quatre couleurs devenait très complexe. Des observations et des exigences précises tant sur le plan esthétique que sur les impératifs techniques conduiront l'artiste à modifier son projet initial en conséquence.
En 1892 sont réalisés les premiers essais du billet de 1000F qui aboutiront en 1896 au billet définitif imprimé pour la toute première fois en polychromie.
En 1899 il n'est toujours pas émis et en 1900 le conseil général décide de le conserver en réserve.
Il faut attendre le mois d'Août 1914 pour qu'aux prémices de la première guerre mondiale, pressée par la nécessité d'augmenter plus rapidement l'encaisse des billets, la Banque de France songe à utiliser un type déjà prêt pouvant servir de base à la réalisation rapide d'une grosse valeur.
C'est ainsi que naît la coupure de 5000F qui utilise la vignette originale du 1000F précédemment fabriquée à laquelle on ajoute un talon contenant le filigrane et dont on modifie les quatre couleurs d'impression.

Le 5000F connaîtra le même sort que son prédécesseur, il sera gardé en réserve et n'en sortira que vingt ans après sa fabrication soit le 26 Septembre 1938.
C'est le seul billet dans toute l'histoire de la Banque de France à avoir connu autant de péripéties. Plusieurs raisons expliquent ce phénomène inhabituel. Dans un premier temps la Banque hésite confusément à émettre un billet dont les techniques avancées garantiraient davantage un porteur de grosse coupure, ensuite bizarrement la facture du billet semble pour certains s'éloigner du caractère strictement "monétaire". Par la suite la Banque n'aura pas véritablement de nécessité à sortir une grosse coupure, celles existantes comprises entre 5F et 1000F étant jugées suffisantes. C'est la très forte dévaluation du mois de Mai 1938 qui poussera la Banque à finalement mettre en circulation cette magnifique coupure de 5000F.
Elle sera retirée de la circulation et privée du cours légal le 4 Juin 1945 soit à peine 7 ans après sa diffusion dans le grand public à seulement à 600 000 exemplaires. C'est ce qui explique en partie que ce billet est très rare en bon état et que le nombre de billets proposé aux collectionneurs soit réduit.
A noter qu'en 1945, la Banque de France tenta de redonner une seconde jeunesse au billet, avec un essai aux couleurs plus chaudes et sans talon. Il sera sans suite, le 5000 Francs Empire type 1942 ayant été retenu pour prendre le relai.


Essai de 1945 : nouvelles couleurs et suppression du talon

Les heureux possesseurs d'un FLAMENG en état moyen ou comble du bonheur en très bel état entretiennent une relation quasi-passionnelle avec ce billet. Les autres rêvent et espèrent toujours au détour d'une bourse ou d'une liste de pouvoir rencontrer cet "objet de bien des délices" quitte à casser la tirelire ce qui s'impose évidemment pour un billet de cette qualité.
Au-delà de toute valeur spéculative indéniable, le billet de 5000F FLAMENG reste assurément le plus beau et le plus attractif billet du XXe siècle.


Article paru dans la revue Numismatique & Change de février 2000.

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