
Depuis plus de quarante ans je mintéresse aux billets français, je les étudie, je les collectionne et au travers de mes différents ouvrages je mefforce avec plaisir de transmettre le résultat de mes recherches au plus grand nombre.
Certes au fil des années jai reçu le plus grand compliment que lon puisse faire à un auteur, les collectionneurs parlent familièrement non pas de la cote dans "les billets de la Banque de France" mais dans le "Fayette". Bien au-delà du fait que mon égo soit quelque peu flatté je suis surtout très heureux et très fier dêtre utile à cette collection que jaime passionnément et cest pour toutes ces raisons que je me devais de non seulement améliorer mais encore renouveler mon travail.
Un billet de banque cest beau et cest une véritable uvre dart. La technicité liée à la fabrication dun billet est très complexe et requiert aujourdhui la compétence de professionnels hautement qualifiés, mais la première essence dun billet émane dun artiste en tout premier lieu car cest lui qui définit et fixe son âme dans une iconographie très personnelle. Aussi la présentation des billets se devait dêtre comme dans un livre dart, pleine page couleur à droite sur un fond relief ombré et les cotes et commentaires en page de gauche. Ce qui est valable pour Rubens ou Fragonard lest aussi pour les uvres dart les plus reproduites de lHistoire de notre pays.
Un billet a un sens. Il suffit de juxtaposer un billet américain, un billet euro et un billet français pour comprendre immédiatement que le billet français, cest aussi limage de la France et des Français, de leurs valeurs, de leur Culture, de leur civilisation. Il fallait que mon nouveau livre parle aussi des Français et de la France, comme le fait un billet, non dune manière explicite mais que tout y soit selon le goût français, selon une certaine harmonie et un certain équilibre qui nous sont chers.
Un billet sinscrit dans une histoire. Celle de la chronologie des billets eux-mêmes et de lHistoire de la France et des Français : il fallait la rappeler en notes chaque fois quelle croisait celle des billets. Les billets sont lexpression de la légitimité du pouvoir politique. Ils font partie de la Grande Histoire et ne sont en rien anecdotiques.
Un billet a une cote. Et cette cote dun seul billet influe sur toutes les autres du livre. Les cotes, dans un livre de cotes, ne sont pas indépendantes les unes des autres, tout le livre est une gigantesque matrice dont aucun élément nest vraiment indépendant des autres. Si tel billet pulvérise un record dans une vente, sa nouvelle cote influe sur les cotes de tous les autres billets plus ou moins rares que lui : la cote est en réalité la résultante quasi-mathématique des rapports de rareté, de beauté, de disponibilité.
Un billet a un état de conservation. Contrairement aux monnaies, une illustration ne montre pas lusure dun billet ni son état réel. Il fallait donc parfaire une grille de description des états qui permit à tous de définir au mieux létat des billets dune collection.
Contrairement encore aux monnaies où les essais, épreuves, frappes dhommage et flans brunis se retrouvent disponibles par le simple fait des exemplaires des graveurs, des concours, des ministres, des fonctionnaires et des commissions qui choisissent les types définitifs, rarissimes sont les billets non adoptés portés à la connaissance du public. Il ny a pas de concours monétaire pour les billets, la Banque de France est une institution indépendante, contrairement à la Monnaie de Paris et au Trésor Public - le responsable en dernier ressort de la fabrication des pièces. Pourtant, la responsabilité de lInstitut dÉmission est aussi dêtre prêt pour toutes les éventualités, donc davoir déjà, comme les généraux en temps de paix, des projets de billets adaptés à toutes les situations, souvent aussi des billets disponibles, imprimés à des centaines de millions dexemplaires et qui nont souvent jamais servi, détruits presque jusquau dernier. Mes innombrables correspondants mavaient communiqué au fil des années ce que les numismates métalliques auraient appelé des essais ou des épreuves, des billets de réserve, des projets, des dessins préparatoires. Tous ces documents font partie de lhistoire du billet et au-delà, de lHistoire de la France : il fallait les faire connaître.
De Clément Serveau à Roger Pfund, du plus petit collectionneur au plus performant, du caissier de succursale aux plus hautes personnalités de la Banque de France, ma vie sest enrichie de toutes ces rencontres, de tous ces échanges et des nombreuses et belles amitiés qui en ont résulté. Cette expérience est merveilleuse car au départ nous nétions quun petit groupe disséminé de passionnés du billet. Une dynamique sest créée, des consciences se sont éveillées, des passions se sont révélées et développées. Le marché du billet est entre les mains de professionnels compétents, la Banque de France peut être fière de ces milliers de collectionneurs amoureux de sa production et nul doute quun avenir proche verra la création dun magnifique musée du billet de banque français.
La collection du billet de banque français est aujourdhui solidement installée et souvre à de nouveaux adeptes venus de tous horizons et souvent même au delà de nos frontières.
Nombreux sont ceux qui, à la disparition du Franc, ont pris conscience que tous ces billets voués à la destruction étaient chacun à leur manière dauthentiques uvres dart caractéristiques dune époque, véritables témoins privilégiés de leur temps. Ils arrivent dans cette collection par nostalgie, par curiosité, et découvrent un monde fascinant dhistoire politique, économique, de recherches et dexpressions artistiques. Pour la plupart ils se passionnent très vite et rejoignent ainsi le flot croissant damateurs éclairés qui dynamisent cette collection et lui donnent cette force et cette beauté propres à la maturité.
Il existe à présent de plus en plus damateurs capables de payer un prix exceptionnel pour un billet exceptionnel, échappant de ce fait à toute cotation et illustrant de façon presque arrogante que "la passion na pas de prix". Les dernières ventes attestent de cette tendance. De plus les collectionneurs sont à présent très informés et recherchent donc leurs raretés avec avidité et discernement. Par signatures, par années, par séries complètes des dates de création, voire par alphabets pour certaines coupures plus contemporaines. Il manque toujours un billet dont on rêve et parfois les rêves se réalisent.
Toutes les raretés ne sont pas encore avérées, rien nest figé et cest pour cela que notre collection a un rayon dévolution très large. Pour exemple les billets contemporains postérieurs aux années 1960 attirent un nombre croissant damateurs et outre la rareté intrinsèque dun billet, la demande exponentielle crée de fait une raréfaction.
Malgré cet engouement les prix réalisés en France ne sont pas encore comparables à ceux de certaines collections étrangères, le record mondial dun billet américain en février 2000 sélevant à près de 1 million de dollars, seule la croissance du marché à létranger provoque de tels phénomènes.
Dans cette perspective beaucoup dinvestisseurs sintéressent de très près aux billets. Il apparaît maintenant évident quune constitution de patrimoine peut passer par ce type de placement, qui à terme est assurément très rentable et très sûr.
Pour bien
collectionner il faut sans cesse apprendre, voir et comparer. Malgré
ma longue expérience, chaque jour mapporte une nouvelle information
parce que je ne cesse dêtre éveillé à toute
source de savoir, je cherche et je cherche encore et parfois je trouve.
Chacun à sa façon peut faire cette démarche dont seule
la passion est le moteur.

| Claude Fayette, entouré des cinq Caissiers Généraux de la Banque de France des 25 dernières années, lors de l'exposition "L'Art du billet", réalisée par la Banque de France au musée Carnavalet pour son bicentenaire en avril 2000. De gauche à droite : Bernard Dentaud, André Charriau, Claude Fayette, Yves Barroux, Claude Vigier, Andre Vienney. |