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Légende Un regard appuyé sur un billet trop connu ou méconnu ?
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Claude Fayette, le 01/11/2004

Lucien Jonas, peintre très populaire dans le nord de la France pour ses suites de tableaux évoquant avec un profond réalisme l'univers de la mine et de manière plus générale le monde ouvrier a été choisi par la Banque pour réaliser la maquette de ce billet. On doit entre autres à cet artiste la "gueule noire" prête à descendre à la mine du 10 F "Mineur" type 1941, le pêcheur à la fois fort et serein du billet de 20 F type 1942, la paysanne Berrichone filant sa quenouille avec quiétude sur le verso du 50F "Jacques Coeur" 1941... Son trait précis et généreux confère à ce billet de 1000 Francs une dimension toute particulière accentuée par le contraste évident des thèmes développés sur le recto et le verso.

Faisant référence à la France nourrissière, une statue de la déesse Déméter, déesse Grecque de la fertilité assimilée par les Romains à la déesse Cérès tient sur ses genoux Hercule enfant, divinité protectrice du sol et garant de l'honnêteté des transactions commerciales. Le fond est composé d'un paysage provençal au milieu duquel un berger conduit son troupeau de chèvres. Sur le verso une puissante statue de Mercure, dieu du commerce et des voyageurs se détache en gros plan sur une vue du port de Rouen en pleine activité, encadrée d'un bas-relief mythologique représentant les principaux travaux d'Hercule. Sur la droite, Cerbère le chien à trois têtes gardien du séjour des morts dompté par Hercule offre à Minerve les pommes d'or du jardin des Hespérides tandis que sur la gauche Dejanire se substitue à Atlas pour soutenir le Monde. L'effigie de l'Hermès de Praxitèle est présente en filigrane au centre de la vignette.

Nous voyons bien que dans ce billet tout est contraste aussi bien dans les thèmes développés que dans le style. La mythologie, l'antiquité dont les références évidentes sont dans notre "inconscient culturel" symboles de pérennité de force et d'équilibre se mélangent naturellement à la représentation d'un quotidien très vivant et contemporain. La période de conflit au début de la deuxième guerre mondiale dans laquelle ce billet a été conçu explique sans doute ce choix thématique qui exhalte la force et l'activité d'une nation ainsi que ses richesses profondes.
La gravure du recto sera confiée à Hourriez et celle du verso à Madame Rita Dreyfus déjà auteur de la typographie du 5000 F "Victoire" type 1934 et du 5000 F "Union Française" type 1942.
La vignette est réalisée dans un camaïeu bistre et marron d'après un examen des couleurs utilisées par les Allemands pour les coupures des Marks d'occupation. Ces tons monochromes à l'aspect un peu triste permettaient en fait d'éviter une sélection trop précise des couleurs, rendant ainsi la fabrication plus aisée. Il convient de souligner que durant cette période perturbée les conditions de circulation et de communication entre la province et Paris étant des plus précaires, la mise en fabrication d'une nouvelle vignette par la Banque de France pose de très sérieux problèmes. La fabrication est commencée en Mai 1942 et la mise en circulation a lieu le 26 Octobre de la même année.

D'une manière générale ce billet de 1000 Francs semble très courant à l'état neuf, cependant il est difficilement imaginable pour ne pas dire irréaliste de pouvoir réunir la totalité des différentes émissions dans cet état de conservation. Certaines émissions sont extrêmement difficiles à trouver et d'autres restent encore inconnues. Plusieurs raisons expliquent cette difficulté.

D'une part le nombre de collectionneurs de papier-monnaie augmente sans cesse et comme ces billets souvent en très bon état sont à des prix très accessibles, les amateurs les collectionnent plus facilement par dates d'émissions.

Une des causes importantes de raréfaction provient également de l'agissement peu scrupuleux de quelques personnes des pays de l'est qui voilà quelques années ont ramassé ces coupures en grand nombre pour les échanger très fructueusement au marché noir dans leur pays comme étant des nouveaux billets de 1000 Francs Français ayant cours légal.

D'autre part les émissions postérieures au 15 Juillet 1943 ont été l'objet d'un important hold-up en gare de Clermont-Ferrand en 1944 durant le chargement d'un convoi. Ce vol attribué en son temps au maquis aurait coûté à la Banque de France prés d'un milliard de Francs de l'époque. Le Ministère des finances mettra aussitôt opposition à certaines séries du billet et le public sera informé que les billets dérobés ne sont plus valables et ne doivent par conséquent ne plus être acceptés en paiement. Pour des raisons évidentes à comprendre ce billet sera très rapidement retiré de la circulation dés la fin de 1944 sur décision du Conseil Général et disparaîtra avec l'échange des billets du 4 Juin 1945.

A ce jour les dates de création les plus courantes en "NEUF" restent celles du 11-6-1942 (40/2) et du 6-5-1943. (40/23). Les dates les plus difficiles à trouver, 15-7-1943, 22-7-1943, 19-8-1943, et bien sur celle du 4-11-1943. Les dates d'émission qui restent encore inconnues sont comprise dans la période du 2 septembre 1943 et celle du 28 octobre 1943. Les numéros 40/41 et 40/42 pouvant ne pas avoir était mis en circulation.

Les billets portant les dates de création de 1944 n'ont jamais été mis en circulation. Je continue pourtant à affirmer qu'il est possible de rencontrer la date du 19-11-1944, d'après les archives que j'ai compulsé des billets en effet ont circulé antérieurement avec cette date erronée. L'alphabet 1988 porte la date du 19-11-1944 au lieu du 19-11-1942, 25.000 billets ont donc été imprimés avec cette date, pour l'instant aucun exemplaire ne semble avoir été retrouvé, si un collectionneur découvre un de ces billets, qu'il veuille bien me le faire savoir.

Certaines émissions faisant partie du hold-up de Clermont-Ferrand peuvent toujours réapparaître et faire varier les cotes en conséquence. Pour l'instant nous connaissons les émissions du numéro 40/38 de l'alphabet 9450 à 9532, une partie du numéro 40/40 du 18 Novembre alphabet 9948 à 10272 plus quelques billets de l'émission du 22-7-1943 plus récemment découverts.

Un correspondant Allemand de Berlin, Monsieur Thomas NELDNER vient de me faire part d'une découverte très intéressante et originale effectuée tout récemment en Allemagne. Dans un courrier "chargé", envoyé à l'époque à un prisonnier de guerre Meyer Gerhard-Rudolf, portant les mentions FOREIGN FUNDS AND PROPERTY OF PRISONERS OF WAR, les valeurs de 6700 Francs, 330 Lires et 20 ReichsMark étaient annotées sur l'enveloppe avec un tampon MONEY VERIFIED à la date du 9 avril 1945 apposé. Parmi les 6700 Francs Français se trouvaient 6 billets de 1000 F à l'éffigie de la Déesse Déméter portant la date inédite du 4-11-1943 numéro 40/39. Trois de ces billets auraient été acquis par des collectionneurs Français les trois autres étant gardés en Allemagne.

Ainsi donc avec le temps l'histoire de la vie de ce billet se réécrit peu à peu et il nous reste encore beaucoup de choses à découvrir. Ce très beau billet de 1000 francs longtemps méconnu et sous-estimé par de nombreux collectionneurs du fait sans doute de la tristesse apparente de coloris et du nombre évident de coupures sur le marché devient aujourd'hui de plus en plus apprécié et recherché. Je conseille vivement de surveiller les cotes avec attention car nombre d'entre elles risquent fort à moyen terme de subir de sérieux réajustements.

Article paru dans la revue Numismatique & Change de juin 1999.

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